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Cette transition qui n’en finit pas: de Jean Bertrand Aristide à Jovenel Moïse

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éditorial ,Haiti
Lait Bongu

Une question s’impose d’emblée : faut-il vraiment discerner dans les événements actuels un sombre rebond ? Faut-il s’attendre, quelles que soient les médiations internationales, à une répétition sinistre, une sorte de fatalité ? Tout le monde sait aujourd’hui à quoi s’en tenir. C’est une comparaison fort enrichissante, dont chacun peut tirer les leçons pour l’avenir. Considérer l’époque houleuse du président Jean-Bertrand Aristide et la rapprocher du « pays lock » du président Jovenel Moïse, c’est une manière d’analyser les « protagonistes de la corruption » qui sont aujourd’hui en présence dans un pays déchiré dont l’histoire si tragique en même temps si riche de nobles espérances. Qu’ont en commun le président Jean-Bertrand Aristide, ancien prêtre salésien, et le président Jovenel Moïse, venu du secteur privé des affaires ? D’avoir rejoint la scène politique sans y avoir milité comme des chefs de partis ou des hommes d’Etat expérimentés, novices en politique et d’origine sociale très modeste, provinciale en plus. L’un emporté par l’ivresse du pouvoir, l’autre trop banal, miné, discrédité.

Populaire et profondément populiste, Jean-Bertrand Aristide qui a eu deux mandats brisés par des rébellions armées (accompagnées de deux interventions étrangères) a encore beaucoup à nous apprendre, à nous dire du monde d’aujourd’hui. Pourquoi le président Jovenel Moïse, lui, est-il si impopulaire plus deux ans après son investiture ? Certes, leur entourage immédiat privé est d’ailleurs disparate, sans vision idéologique ou programmatique cohérente. Si la conquête du pouvoir est leur spécialité, la gestion du pouvoir n’est pas leur fort. Les bonnes intentions ne suffisent pour gouverner, il faut une connaissance fine du milieu et des acteurs en présence pour surmonter l’épreuve du pouvoir. Avant de devenir ce célèbre mais controversé leader charismatique, Jean-Bertrand Aristide a eu l’appui

– et en a profité – du mouvement démocratique anti-macoute, des  secteurs les plus engagés de l’Eglise catholique, de la petite bourgeoisie, du lumpen prolétariat et de la presse indépendante. C’est ce que nous montre l’histoire récente pour nous permettre de mieux comprendre ce

symbole de notre démocratie introuvable dont le nom même est entré  dans le langage courant à travers le terme « lavalassien ». Tandis que le dauphin de Michel Joseph Martelly, témoin lui aussi de l’effervescence du pouvoir, a un parcours moins solide et une base réduite : s’il a les qualités athlétiques d’un candidat gagnant après un marathon électoral en deux temps, il n’a pas du tout l’expérience aiguisée, le leadership et la vision d’un président pragmatique et habile, capable de « nager » dans cet océan d’injustices criantes et d’intérêts catégoriels que seuls le président René Préval et plus tard le président Jocelerme Privert ont pu « nager » avec adresse pour s’en sortir.

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Contrairement au chef du Parti Fanmi Lavalas qui avait certains leviers en mains, le président Jovenel Moïse possède la personnalité sans doute la plus faible des gouvernements des dernières décennies : le Parlement a été injuste et féroce avec lui. Débordant de promesses électorales ruisselantes, il l’a payé trop cher, ce concubinage sulfureux au détriment des partis politiques. De plus, les circonstances économiques sont d’autant plus effroyables que l’instabilité politique et l’insécurité, faute de programmes sociaux diversifiés et d’ouverture politique, n’ont fait qu’enfoncer le pays dans un océan de scandales et de désespoirs. Avec ses partisans enflammés, Jean-Bertrand Aristide tentait de reprendre sa revanche sur ce pays ingouvernable, pris en otage par « les cavaliers de la corruption » ; Jovenel Moïse, dépourvu d’alliés et de parti politique, est un homme isolé, sans moyens qui ne fait qu’encaisser des coups.

C’est l’audace et la faconde du président Jean-Bertrand Aristide de s’attaquer à des forces d’argent mais sans maîtriser toutes les conséquences. C’est un terrain miné, cette vieille Haïti des monopoles et des contrats léonins, des exonérations fiscales et des surfacturations. On l’a vu après 2004 ! Où est passé le Nouveau Contrat Social ? Comme à l’époque du Groupe des 184 d’Andy Apaid, le président Jovenel Moïse fait face, toutes proportions gardées, au même mur – le mur de l’argent – avec une désinvolture médiatique horripilante. Pur hasard ? Guerre des clans ? Tels des « intrus » ou des éléphants dans un magasin de porcelaine, Jean- Bertrand Aristide et Jovenel Moïse qui ont le chic pour s’attirer des ennemis bien au-delà de frontières politiques sont victimes des moyens limités de leur méthode de pouvoir en estimant que rien de marquant ni de nouveau n’est possible sans une remise en question des privilèges et des

faveurs économiques détenus par la minorité du secteur des affaires. Délicat pari politique qui devrait inciter à une véritable concertation pour en faciliter le succès.

Pierre-Raymond DUMAS

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