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La question de race : Un mythe à démystifier

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Lait Bongu

Cet article portant, relativement scientifique, sur le racisme est inspiré par la Professeure  émérite Nell Irvin PAINTER de l’Université de Princeton. Dans son ouvrage remarquable : « Histoire des Blancs », un essai historique qui raconte la construction de la race, de l’Antiquité  au Régime Nazi.

« Le modèle noir /blanc perdure malgré la preuve scientifique que la race n’existe pas ». (PAINTER, 2019).  Pour certains, le problème d’Haïti réside dans notre couleur de la peau et d’autres pays du Sud, comme jeunes universitaires, nous allons essayer de comprendre la question dans des lunettes scientifiques.

En effet, le racisme a la vie dure.  En dépit des travaux incommensurables de Firmin, de Louis-Joseph Janvier, d’Hannibal Price, de Martin Luther King, de Fanon, de Césaire et de Lilian Thuram…,  ses séquelles restent et demeurent un fléau social et sociétal.

Dans son ouvrage « Race : Science and Politics », Ruth Benedict définit le racisme comme la doctrine selon laquelle un groupe ethnique est condamné par nature à une infériorité héréditaire, et un autre à la supériorité héréditaire. Ruth Benedict poursuit encore pour nous dire que selon ce dogme tout espoir de civilisation dépend de l’élimination de certaines races et de la conservation de la pureté des autres.

George Kelsey, de son côté dans « Racism and the Christian  Understanding of Man » affirme que le racisme est une croyance. Une forme d’idolâtrie.

Barbancourt

Dans son œuvre The Black Power, le pasteur Martin Luther King voit le racisme comme une aliénation complète, qui ne préconise pas seulement la séparation des corps, mais aussi celle des intelligences et des âmes. Afin  de mieux comprendre ce concept, il est important de l’examiner dans ses dimensions historiques.

Le racisme ne serait pas comme l’univers le fruit du bing bang ou crée par une Providence.  Le racisme est le fruit du déterminisme historique. Il existe des périodes historiques où aucun être humain sur terre ne fut raciste ! Mais d’où vient cette doctrine, cette idéologie ?

À la fin du XV ème et XVIème de notre ère,  l’Europe_ ravagée par la nuit  des guerres (guerre de cent ans, guerre des deux roses, guerre de religion, Les croisades…), par des épidémies, par la mouise et soumise par les maures_se jette dans le colonialisme. Le Vieux Continent, en voulant atteindre les côtes de l’Inde, est arrivé dans le « Nouveau-Monde. » L’Europe maladive a besoin des matières premières (métaux précieux, épices…) pour assurer sa survie. À cette fin, les autochtones du « Nouveau-Monde » appelés « indiens » à tort sont abêtis, déshumanisés et asservis. Plus tard, pour faire face à l’extermination des amérindiens, l’Europe s’est jetée sans la moindre vergogne dans le lucratif et ignoble commerce des noirs. D’où la traite des noirs.

Il a fallu que l’Europe se donne bonne conscience de cette traite d’êtres humains. À côté des instruments physiques et juridiques tels que les négriers, les fouets, les chaînes, le code noir ; il a fallu des instruments moraux, théoriques et idéologiques. Véritable praxis sanguinaire ! À cette fin, la bible est utilisée. Des pseudo-scientifiques, ayant pignon sur rue dans l’univers scientifique européen,  enfantent la théorie de la race. La couleur de l’épiderme, Le cuir chevelu, l’épaisseur de la bouche, la longueur et la forme du nez, bref l’apparence ou l’attrait physionomique constitueront l’aune de mesure de la taxonomie raciale comme le mètre constitue l’unité de mesure de la longueur ! Pour rendre solide ces élucubrations et thèses fantaisistes ou fantasmagoriques, des théories « scientifiques » telles que l’eugénisme, le darwinisme social et le polygénisme seront les nouveaux piédestals de la théorie de la race ! On inventa même une science pour étudier l’autre jugé barbare,  incivilisé et sauvage. L’anthropologie vit le jour !

Ces théories, une fois constituées seront enseignées à l’université, à l’école, dans les médias, dans les milieux ecclésiastiques et dans les familles. Le hic dans tout ça, beaucoup parmi les noirs y croient comme un chrétien croit en la bible. Mais comment cela est-il possible ?

Dans le même ouvrage The Black Power, le pasteur américain Martin Luther King souligne dans la Roget Encyclopedia environ cent vingt (120) synonymes de « noirceur » dont au moins soixante (60) sont déplaisants comme « souillure, saleté, mal… » Par contre dans la même encyclopédie, on trouve cent trente-quatre (134) synonymes de blancheur (toujours selon Martin Luther King) qui ont une signification positive. Il cite « pureté, propreté, chasteté …». « L’homme qui n’a rien à se reprocher est ’’blanc ’’ comme neige tandis que le coupable nourrit de ‘’noirs desseins’’. Le racisme est devenu une idéologie pour le monde occidental.

Les noirs et les amérindiens n’ont pas été les uniques victimes du racisme.  L’hydre qu’est le racisme a accouché une tête qu’on appelle l’antisémitisme. Ce dernier remonte depuis le XVème siècle selon certains historiens. Mais l’antisémitisme commence à peser dans la balance du racisme et de l’injustice sociale à la fin du XIXème siècle avec l’affaire Dreyfus dénoncé par Émile Zola dans ses écrits J’accuse, J’accuse, il (l’antisémitisme) s’accroît avec le stalinisme en URSS et prend une vitesse de croisière pour atteindre le summum, l’apogée, le nirvana du racisme, de la violence, de la haine et du mépris le plus fondamental des droits les plus élémentaires du juif avec la Shoah et l’Holocauste. Avec le régime nazi, les juifs ont frôlé l’apocalypse. Ils ont été humiliés, discriminés, emprisonnés dans des camps de concentration et exterminés dans des fours crématoires. Les chiffres d’extermination attendriraient même le plus dur des cœurs d’acier !

Le racisme a visité aussi l’Afrique du Sud sous la forme de l’apartheid au milieu du siècle dernier, précisément en 1948. Mais ses bases légales et idéologiques préexistaient au pays de Nelson Mandela. Dans son ouvrage, Nelson Mandela, Devenir un homme à 20 ans, Solenn Honorine nous donne une idée sur le sort des noirs qui vivaient dans l’Union sud-africaine. Selon Honorine, le gouvernement de l’Union sud-africaine adopta la loi sur la terre indigène qui décrétait que les noirs majoritairement ruraux et qui représentaient 80% de la population, ne puissent posséder des terres que sur 7% du territoire, une proportion plus tard étendue à 13%, inscrivant ainsi dans le marbre de la loi la dépossession des noirs au profit des blancs qui avait eu lieu le siècle précédent. Solenn nous dit qu’en 1936, la quasi-totalité des hommes noirs de 15 à 50 ans sont absents des réserves africaines où ils ne pouvaient pas survivre et travaillaient dans les villes blanches où ils n’ont aucun droit. En 1946, le salaire moyen d’un noir était dix fois plus faible que celui d’un blanc, tout cela pour un travail éreintant et dangereux à des kilomètres sous terre. De 1933 à 1966, 1900 personnes (dont 93% de noirs) mourront à la suite d’accidents miniers afin de tirer du sous-sol la source de la prospérité blanche. Il aurait fallu des figures telles qu’Olivier Réginald Tambo, Walter  Sisulu, Winnie Mandela et Nelson Mandela pour renverser le système de l’apartheid.

En Haïti, le racisme est présent sous une forme pâle, timide dénommée préjugé de couleur. Selon l’idéologue haïtien Alcius  Charmant, le préjugé de couleur est une institution qui a été inventée par les représentants de la Métropole en vue de créer la division entre les divers éléments coloniaux (blanc, mulâtre et noir) pour arriver ainsi à affermir leur domination  sur St-Domingue. Charmant poursuit pour nous dire que le préjugé de couleur  a été élevé  à la hauteur d’un système  de gouvernement qui fut malheureusement remis en  honneur, au lendemain de 1804 par la classe  qui s’ingénia à se perpétuer au pouvoir. En Haïti, la présence de blancs est statistiquement faible. Mais leurs progénitures et leurs descendants appelés mulâtres sont là. Il y a une frontière étanche (principalement économique, sociale et culturelle) entre les mulâtres et le reste de la population qui est appelée noire. Les cas de mariage ou d’autres formes de cohabitation sont d’une rareté extrême. Démographiquement les mulâtres ne représentent que 5% de la population totale du pays. Cependant économiquement, ils possèdent les 95% de la richesse du pays. Ce qui leur laisse le monopole économique pour imposer leurs diktats. Il est temps que noirs et mulâtres s’asseyent ensemble comme ils l’ont fait pour l’Indépendance et posent les solutions aux problèmes du pays. Le préjugé de couleur est une pierre d’achoppement au progrès économique et social du pays.

Tout a été dit sur le racisme mais les nouvelles manières de dire ne sont pas épuisées. Aujourd’hui, il y a un combat systématique contre le racisme. Mais il reste encore du chemin à parcourir. La lutte contre le racisme n’est pas une course. C’est un voyage. C’est un odyssée où tous les « Ulysse » contemporains doivent s’armer de courage, de patience et de persévérance pour atteindre des « Ithaque » d’égalité, de non-discrimination, d’intégration raciale et de sfraternité. Le racisme a laissé des impacts psychologiques profonds dans l’imaginaire des victimes  qui se manifestent dans leurs pratiques quotidiennes. Le complexe d’infériorité vis-à-vis du « blanc », La dépigmentation sont des preuves qui peuvent attester cela.

Pourtant depuis le XIXème siècle, l’un des plus brillants esprits haïtiens, Joseph-Anténor Firmin, en voulant démanteler l’ouvrage bancal d’Arthur de Gobineau, s’est taillé une place d’or parmi les réhabilitateurs de la race noire. D’autres auteurs ont emboîté le pas. Louis Joseph Janvier, dans son ouvrage L’Egalité des Races ; Hannibal Price, dans La Réhabilitation de la Race Noire ; Jean Price Mars, dans Haïti et la Question de Race et De l’Esthétique dans les Races ; Frantz Fanon, dans Peau noire, masque blanc ; Martin Luther King dans Black Power et ses fameux discours jusqu’à Lilian Thuram dans mes Etoiles Noires. D’autres noirs tels que le général africain de l’Antiquité Cornélius Scipion qui a amené Rome dans les sentiers de la victoire lors de la deuxième guerre punique en 218-201 av. J.C. (qui a conduit Rome au sommet de la victoire dans les funèbres sentiers de Zama face au grand général Hamilcar), Toussaint Louverture, Jean Jacques Dessalines, nos pères fondateurs et les innombrables marrons dont les noms ont été omis, Frederick Douglass, Rosa Parks, Booker T. Washington, Georges Washington Carver, le romancier américain Richard Wright, Malcom X et Jesse Owens ont préféré se faire remarquer sur le terrain.

La lutte contre le racisme est une lutte systématique. Cette lutte doit emprunter toutes les voies possibles. Nos familles, nos écoles, nos universités, nos médias, nos religions ont leurs briques à poser dans l’édifice du non-racisme. Nos enfants, nos petits-enfants et arrière-petits-enfants ne doivent plus se sentir coupables en raison de la couleur de leur peau. D’ailleurs de nos jours, il est prouvé scientifiquement que la question de race est une fiction. Elle n’a aucune base objective. La différence de couleur de peau, du cuir chevelu, de la forme du nez, n’est que le résultat de l’impact du climat, de l’environnement sur le corps humain à travers plusieurs générations.  La diversité  de couleur est une richesse qui contribue à l’embellissement de notre patrimoine anthropologique. Nous devons arriver au carrefour de l’Humanité où aucun individu ne serait jugé ou victime en raison de sa couleur épidermique ou de sa nationalité. Pour finir, chaque être humain devrait se poser cette question rhétorique : « La couleur de ma peau contredit-elle mon humanité ? »

Auteurs :    Amos FRANÇOIS, Etudiant étranger Haïtien à Aix-Marseille Université – IMPGT Etudes en Management publique et Gouvernance territoriale ;

Frantz Mackenzie Lainé, Etudiant finissant en Travail social à la Faculté des Sciences Humaines de l’Université D’Etat D’Haïti ;

Yvenson Métélus, Etudiant à Université Montaigne.

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