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L’Administration Publique Haïtienne et la Politique : Le cas du MHAVE

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L’incessant départ vers l’étranger des ressources humaines qualifiées accentue la tourmente de l’administration publique haïtienne dont le fonctionnement a toujours été caractérisé par une pénurie de cadres compétents. Le rapport sur le dernier recensement des agents de la fonction publique de l’OMRH nous dresse une image ô combien sombre du profil académique des agents de la fonction publique. Moins de 30 pourcents de ces fonctionnaires ont une formation universitaire niveau licence ou plus. En outre, des 46% qui ont atteint le niveau du secondaire, seulement 25% obtiennent le Bac II. Donc l’absence de rationalité et les pratiques néopatrimoniales caractérisant la gestion et le fonctionnement de l’administration publique ne doit être une surprise pour personne. L’administration publique haïtienne est malade.

Cependant, il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. L’administration publique haïtienne comporte des cadres qualifiés qui s’adonnent sans demi-mesure au service du bien commun. Avec des maigres ressources dont ils ou elles disposent, certains cadres font flèche de tout bois pour innover et apporter des solutions aux problèmes identifiés. En ce sens, la ministre Marnatha Irene Ternier du Ministère des Haïtiens Vivant à l’Etranger (MHAVE) est un exemple qui saute aux yeux. Son projet « MHAVE à l’Ecoute » déjà présenté aux différents membres de la diaspora est une innovation. Après plus de 20 ans de fonctionnement, les membres de la diaspora ne cessent de se questionner sur l’utilité du MHAVE. Le projet « MHAVE à l’Ecoute », un espace d’information et d’orientation conçu pour mieux servir la diaspora dans ses démarches administratives, vise à établir une relation de confiance entre la diaspora haïtienne et Haïti. Egalement, le projet entend mettre à la disposition de l’Etat haïtien une base de données comportant des informations sur les ressources humaines haïtiennes vivant en dehors d’Haïti.

Le projet MHAVE à l’Ecoute peut-être un petit pas pour les pécheurs en eau trouble, mais un grand pas vers le progrès et le développement d’Haïti. Plus de 85% des haïtiens ayant un diplôme universitaire (licence, maitrise et doctorat) vivent en dehors du pays, particulièrement aux Etats-Unis et au Canada. On estime qu’Haïti a besoin de plus de 74 ans pour former autant de cadres haïtiens qui se trouvent déjà à l’étranger. Et comme si leur compétence ne suffit pas, les transferts des haïtiens vivant à l’étranger représentent annuellement plus de 21% du produit intérieur brut d’Haïti. Lesquels transferts sont, entre autres, investis dans l’éducation des enfants des parents pauvres. Donc, dans un tel contexte, le projet « MHAVE à l’Ecoute » est un outil important pouvant aider les décideurs à mieux élaborer des politiques publiques pour répondre aux préoccupations de la diaspora notamment son intégration. Les membres de la diaspora sont reconnaissants et déjà certaines figures emblématiques de la diaspora haïtienne s’embarquent corps et âmes dans le projet.

Pourtant, les normes non-écrites (du moins la culture) qui régissent le fonctionnement de l’administration publique haïtienne entravent l’innovation, la technique, et la bonne volonté. La politique empoisonne tout. Trop de politique tue le dévouement et le courage des cadres et agents de la fonction publique qui sont animés du seul désir de travailler pour la protection du bien commun. Woodrow Wilson, ancien président des Etats-Unis mais aussi académicien et l’un des pionniers de la science administrative américaine, l’a bien compris dans sa plaidoirie pour une séparation de l’administration publique de la politique. En réalité, il est difficile de séparer l’administration publique de la politique et les raisons sont bien étayées dans beaucoup d’autres travaux académiques. Cependant, il n’en demeure pas moins que dans un pays comme Haïti l’influence de la politique n’est autre qu’une entrave aux principes rationnels devant orienter la gestion de la chose publique.

Et encore, le cas du MHAVE nous permet de voir le poids de la politique et le déni de la technique. Sous prétexte qu’il est un dirigeant politique, le nouveau directeur du MHAVE, Monsieur Yvon Bonhomme croit que tout lui est permis sans aucune considération des procédures administratives : per diem pour tous ses fréquents déplacements, les fiches de gaz sans aucun contrôle, tout et tout. Et tout simplement parce qu’il est un dirigeant politique. Et comme si le ridicule ne tue pas, quand on lui fait la tête en lui proposant de respecter certaines normes et que ses demandes peuvent être agréées si elles suivent les procédures administratives établies, le bruyant directeur crie au scandale et demande la tête de la ministre qu’il estime être une « anti-militant ».

Accusé quelqu’un d’être « anti-militant » dans l’administration publique haïtienne est monnaie courante. C’est la tourmente des cadres et agents de la fonction publique qui se respectent. Ceux qui ne veulent pas négocier des pots-de-vin présentés sous des formes multiples, ceux qui refusent les raccourcis et entendent suivre les procédures administratives ne sont jamais bien vus dans la fonction publique. La ministre Marnatha Irene Ternier qui a sûrement un parcours prometteur dans l’administration publique n’est pas la première et elle ne sera pas la dernière. Mais ce qui doit attirer l’attention c’est qu’elle ne semble pas être intimidée. Et ce malgré les propos dérogatoires visant sa personne comme femme titulaire d’un ministère. En la décrivant comme « moun pa » du premier ministre Jean Henry Ceant, c’est non seulement faire abstraction de sa compétence académique mais également c’est une tentative attentatoire pour salir l’image d’une femme mariée, mère de 3 enfants. Peut-on descendre plus bas ? Et la ministre a bien compris les propos de Michel Obama : « when they go low, we go high ». Sa priorité première, répète-t-elle incessamment, c’est de mettre son focus et son savoir-faire à la réussite de l’administration Moise-Ceant. Donc, toutes les manœuvres visant à entraver le fonctionnement du MHAVE doit aussi et surtout être interprétées comme des tentatives visant à boycotter la bonne volonté du Président de la République, son excellence Jovenel Moise et du Premier Ministre, Monsieur Jean Henry Ceant, à gagner la confiance de la diaspora, pièce motrice du développement d’Haïti.

Par: Hamilcar Pierre Louis

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