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Économie

La Gonâve et la Caravane (du changement ?) du président Dumarsais Estimé

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La Gonâve

Le président Dumarsais Estimé (1946-1950), conformément à son credo (La province a aussi des droits), avait pensé au tout début de son mandat à l’exécution d’un programme axé sur l’intensification des activités agricoles à La Gonâve. Mais, ce programme, le premier à avoir été appliqué sur l’île avec autant de sérieux et d’engagement politique, n’a pas été utilisé comme assise par les autres gouvernements pour inaugurer d’autres chantiers pouvant améliorer radicalement les conditions de vie des Gonâviens. 

Dès mars 1947, moins d’un an après son investiture, le gouvernement de Dumarsais Estimé avait dévoilé le « Programme de développement agricole de la Gonâve ». A la même période, le ministre de l’Intérieur, de la Justice et de la Défense nationale, Georges Honorat, avait sollicité de la chambre des députés des crédits  pour des « travaux communaux d’utilité publique » dans 25 villes et bourgades de la province. Sur la liste des localités ciblées l’on retrouvait entre autres Anse-à-Veau, Cabaret, Gros-Morne, Thomazeau, Aquin, Pilate et La Gonâve. L’enveloppe budgétaire pour laquelle le gouvernement avait requis l’appui de la chambre basse était de 167 mille gourdes. Une moitié de ce montant devait être consacrée à des travaux de génie militaire à Belladère et dans d’autres localités sur la frontière. Plus de 64% de l’autre moitié était dédié à la construction de deux écoles à Marchand-Dessalines, à la réhabilitation de la maison de l’empereur Jacques 1er et au réaménagement de la place publique de la cité impériale. La dernière tranche de cette moitié, soit 30 mille gourdes, était allouée à de « petits travaux d’urbanisme » dans plus d’une quinzaine de territoires dont la Gonâve. Sur l’île, il était question de « mettre un peu de propreté » aux marchés de Mare-Sucrin et de « Dent-Grignin ». Avec un tel montant pour autant de bénéficiaires, il faut se rendre à l’évidence qu’il ne s’agissait pas de travaux d’envergure. Cependant, le gouvernement avait jugé utile de les entreprendre.

Officiellement, le programme de développement agricole  devait s’étendre de janvier 1947 à juin 1948. Il poursuivait les objectifs ci-après : Conservation de sol, Amélioration des méthodes de production agricole, Conservation de produits agricoles, Préparation et vente de la pite du Chili Pepper et du tabac.

Une quinzaine de hameaux gonâviens étaient sélectionnés dans le cadre de l’implémentation des projets dont leur centre d’opération était basé à Nan-Café où devait s’établir parallèlement une pépinière, une unité de production de plants connus des paysans, une unité de production de nouvelles variétés de semences agricoles qui seraient mises à l’essai. Il était prévu d’organiser dix fermes de démonstration agricole. Au fil du temps, elles devaient devenir des modèles de travail rationnalisé incitatif pour les autres agriculteurs de l’île.

Le volet conservation de sol comprenait la construction de murs secs et la pratique de nouvelles techniques de culture. Il était à la charge des techniciens du gouvernement d’apprendre aux paysans à mieux sélectionner les semences, surtout  celles du maïs et du mil, autant les assister dans la préparation du sol avant les opérations de semis. Suivant les termes de référence, les agronomes engagés par le gouvernement avaient aussi pour mission d’aider les agriculteurs à mieux connaître les époques appropriées pour les cultures, à respecter les principes géométriques de plantation et à mieux s’exercer au contrôle des insectes et à l’identification des premiers signes de phytopathologie. L’accompagnement embrassait également la construction de petits dépôts pour la conservation des grains, la création de coopératives agricoles. Le budget global du programme était de cinq mille dollars américains.

Distribution de terres

Au début de 1949, à peu près deux ans après l’élaboration et la communication publique de ce programme, l’administration de Dumarsais Estimé avait entrepris de « distribuer aux fermiers de la Gonâve des terres du domaine privé de l’Etat ». L’opération était ainsi présentée par le Service d’Information présidentielle et de Propagande (SIPP). Une commission a été constituée à cet effet. Elle était composée du pasteur Boaz Alexander Harris (Superintendant de la Lott Carey Baptist Mission et Pasteur en chef de l’Œuvre baptiste à la Gonâve), de Me André Villejoint (Chef du Service de Contrôle aux Contributions), du lieutenant Roland Lataillade (Commandant militaire de l’île), du lieutenant François Romain, de l’agronome René Ambroise et de l’ingénieur Léon Wadestrandt (Directeur du Service des Etudes et Levés du Département des Travaux publics qui était chargé de la supervision technique des opérations).

Le gouvernement avait adjoint à cette commission des brigades d’arpenteurs et de topographes qui avaient pour mission de borner les terres. Une ligne de crédit de l’ordre de 54 mille gourdes a été consacrée à ces travaux qui se déroulaient en même temps à La Gonâve et au Lagon-Bleu, dans l’Artibonite.

Sur l’île les opérations ont duré six mois. Elles ont abouti à la subdivision de 3 mille hectares de terre en des parcelles de 2 hectares et demi. Au cours de ce processus de répartition des terres, chaque fermier avait reçu un certificat de titre provisoire, lequel devait être, par la suite, remplacé par un titre de propriété définitif qui serait accordé par le président de la République. Lors de ce partage des terres de la Gonâve, un peu plus de 3 mille hectares ont été réservés à un projet de reboisement. 

Cette décision du gouvernement de Dumarsais Estimé dont la phase exécutive a été mise en branle en 1949 avait été deux ans plutôt consignée dans la loi du 13 septembre 1947. Cet acte  législatif n’avait pas caché l’intérêt du parlement et du gouvernement d’attribuer des titres de propriété aux fermiers, sous-fermiers et occupants des terres de la Gonâve selon une perspective dessalinienne, donc de justice sociale. Cette loi posa les limites à la constitution de vastes domaines par un seul exploitant agricole. Le niveau de fertilité du sol servait de mesure. Aucun fermier n’avait le droit de disposer de plus de cinq carreaux de terre fertile, non plus de dix carreaux de terre semi-aride, ni de plus de quinze carreaux de terre aride. L’article 2 de cette législation garantit pleinement au paysan la jouissance du bien octroyé.

En vue de l’application de la loi sur le bien rural de famille, votée puis promulguée en janvier 1934, le gouvernement du président Sténio Vincent avait décidé d’accorder des titres de propriétés aux paysans de la Gonâve qui en avaient fait la demande. De 1934 à 1938, sur les 309 titres de propriétés délivrés, au niveau national, une vingtaine de demandes avaient été placées par ces îliens.

Création de pépinières, production et distribution de plants

En 1949, au début de la saison des pluies, saison correspondant à celle de la préparation des terres pour l’ensemencement, des agents du Service coopératif inter américain de Production agricole (SCIPA) avaient entrainé les paysans aux travaux de conservation de sol. Dans la région comprenant Nan-Café, Mare-Sucrin, Plaisance, Grand-Ravine et Plaine-Mapou les agents du gouvernement ont rapporté le creusement de près de 5 mille pieds de canaux de contour et l’élévation de 1.300 pieds de murs secs de protection. Ces travaux ont été poursuivis, car, en la matière, les techniciens du SCIPA ont assisté un peu plus de 5 mille planteurs. En plus, ils ont enregistré l’établissement de pépinières à Grand-Ravine, à plaisance  et procédé à  la distribution sur l’île d’une semence de mil achetée des Etats-Unis. Une variété dite hâtive qui venait à la production deux mois et demi après le temps des semences. Durant cette même période et dans la même contrée, les paysans avaient mis en terre des semences de pois, d’oignon, de tomate, d’aubergine et des boutures de manioc.

A Nan-Café, le SIPP avait signalé le fonctionnement d’une ferme-école vocationnelle. Une vingtaine de jeunes de 14 à 16 ans y avaient été admis. Leur formation se déroulait en deux temps complémentaires : la formation classique, le matin ; et l’après-midi, ils étaient dans la pépinière pour une formation en agriculture axée sur les « méthodes pratiques de culture, de conservation du sol, d’hygiène, d’entretien des animaux et d’ébénisterie.»

Dans le cadre de ce programme, alors que la Gonâve subissait la rudesse d’une sécheresse, il a été dépêché sur l’île au cours de l’année 1949 une équipe de quatre agronomes pour assister les paysans de Nan-Café, Mare-Sucrin, Plaisance, Palma, de Grande-Source et de Plaine-Mapou. En ce moment-là, la première pépinière de Nan-Café avait reçu cinq mille plants de cocotiers. Une deuxième pépinière a été établie audit lieu. Elle était spécifiquement dédiée à la culture du café. Elle avait démarré avec 4 mille plants. Des plants de pite ont été distribués aux paysans dans le but d’encourager la petite industrie. Sur la même lancée, les fermes de démonstration de Plaine-Mapou et de Plaisance ont produit du mil, du maïs hâtif et d’autres plants pour être distribués aux habitants. Toujours dans le courant de 1949, les paysans avaient reçu 2 mille plants de banane, 5 mille plants de légumes, des boutures de patate douce, des semences de « pois inconnu » et des instruments aratoires.

Idson Saint-Fleur

(A SUIVRE)

 

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