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Fashion

Woolmay Pierre, une étoile haïtienne à São Paulo en train de conquérir le monde.

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Woolmay Jean Pierre
Model : Woolmay Pierre | Photographed by @Caiorazz | Stylist @_ribeirolima | Art direction @saaulodellano | Press O : @thisismecarolina
Jac

Un jeune haïtien brille dans le monde de la mode brésilienne. Il n’a que 24 ans. Il est mannequin, designer, athlète de mini-marathon, entrepreneur et militant antiraciste. Fier, beau, jovial et audacieux, il multiplie les atouts autant que les succès et bâtit peu à peu un avenir lumineux. Le monde ne lui fait pas de cadeaux. Il est l’artisan de sa vie. Il travaille dur et refuse de croire qu’il est un simple produit de la migration. « En Haïti, dit-il, je rêvais déjà tout jeune de briller, de devenir ce que je suis, mais le sommet est encore loin de ce qui est déjà atteint ». 

Woolmay Pierre est pourtant conscient du chemin parcouru. « J’ai commencé modestement en Haïti, dit-il, avec le photographe Gio Casimir qui a cru en moi. J’ai aussi fait du théâtre à la TNH avec la Troupe Pè Toma » (…) En Haïti, ajoute-t-il, les choses pouvaient quand même s’arrêter en chemin ou ne pas aller si vite ». 

Caprice de la destinée, en quelques années seulement, São Paolo lui a ouvert ses portes et il est entré par les plus grandes : a posé pour des magazines prestigieux dont Elle, Vogue-Brésil, Vogue-Italia, Marie-Claire, Revista Trip, Revista Catarina, Revista Raça, Yup Magazine, Fougue (Canada), Polo Lifestyles (Haïti-USA) et fait la couverture de Runner’s World (2018) et Mob Journal (2020.) tout en créant entre temps sa propre marque baptisée Mayden Brand. Celle-ci comprend des maillots et casquettes mettant en vedette à la fois des monuments historiques d’Haïti tels que la Citadelle et des slogans antiracistes en créole du genre «M pa chwazi pou m black, m jis gen chans». La deuxième collection de sa marque, réalisée en collaboration avec John Roger, comprend des jackets et des pantalons tout-à-fait spéciaux.

Woolmay

Nissan

Et comme si ça ne suffisait pas. Woolmay devint en 2018 ambassadeur de Olympikus et de John Roger en 2019. En deux ans seulement, il travailla sur plus d’une douzaine de campagnes publicitaires dont celles des compagnies Fila, Riachuelo, Renner, À la garçonne, Just approve, Lab Fanstasma, Cavalera, Victor Belchior, Redbull, Smartfit, Baw clothing et “ Forever 21”. Il défile aussi à São Paulo Fashion Week depuis 2017 et Osasco Fashion Week depuis 2018. 

D’importants photographes auxquels il est très reconnaissant ont été déterminants pour sa carrière. De Ivan Stamato qui l’a pratiquement découvert à Eric Ruiz, le photographe d’Emicida, l’un des plus grands rappeurs du Brésil, à qui il a fait poster un clip de l’artiste sur son compte Instagram. 

Woolmay n’a peur de rien. Ni des on-dit ni des tabous. Le petit monde fermé d’Haïti est derrière lui. Bisexualité joyeusement assumée, il défile en jupe pour des collections No Gender de Vogue, de Jess et de bien d’autres. Conscient néanmoins des enjeux et d’éventuels malentendus, il fait le point : « Le monde de la mode, il est vrai, exige beaucoup de proximité voire d’intimité entre les collaborateurs. On peut être un homme et être obligé pour une belle photo de se coller à un autre homme, mais c’est faux que c’est le lieu où tout le monde couche avec tout le monde. Dans ce métier, la discipline et le respect existent aussi. Et on ne doit jamais se prostituer pour réussir. Si on laisse se mélanger sa vie privée et sa vie professionnelle, on est foutu. Personne ne vous prendra au sérieux ».

 Saint-Louisien, les parents de Jean Woolmay Denson Pierre rêvaient pourtant que leur fils prenne le chemin des métiers traditionnels. Sa mère avait très peur, raconte-t-il, de ses sorties qui finissaient à l’aube. Il a pourtant essayé de suivre leur voix plutôt que la sienne. Après avoir rejoint son père en 2015 à Joinville dans le sud du Brésil, il a pris le chemin universitaire conventionnel. Pour cela, il a même dû immigrer à São Paulo pour de meilleures opportunités. Et c’est à São Paulo que la vraie vie a commencé. La vie difficile qui précède la gloire comme pour tout le monde où pour survivre, il faut humblement multiplier de petits boulots et compter sur la solidarité en cohabitant avec des amis tout aussi pauvres que soi. Cela ne l’a pas découragé pourtant. Il a fait le préfac brésilien pour devenir médecin. Ensuite, il passa trois ans à étudier la chimie à l’Université UNIFIEO avant de tout abandonner en 2019 pour devenir l’homme qui fait tourner la tête des photographes brésiliens. Celui en qui ces derniers voient déjà un conquérant du Brésil entier, de l’Amérique, de l’Europe et pourquoi pas… du monde ! 

Aujourd’hui, Woolmay suit à la prestigieuse école de cinéma Wolf Maya de São Paulo des cours de performance cinématographique pour devenir acteur. Bientôt, pour se faire embaucher, dit-il, il commencera par envoyer des clips à Globo TV. La chance peut bien lui sourire, qui sait ? Il se croit talentueux et les producteurs, nous confie-t-il, sont toujours à l’affût de nouveaux visages. 

De toute façon, s’il vous dit qu’il y réussira, il faut bien croire, car sa détermination est inébranlable : « Rêvez grand, dit-il à la jeunesse haïtienne. Cesser de penser négativement. Ouvrez votre esprit sur le monde, il n’y a pas que les métiers traditionnels tels que la médecine, le droit ou l’agronomie. (…) Lorsque vous avez un rêve, quitte à vous tromper, foncez. Concentrez-vous dessus. Ne vous inquiétez de personne ni de rien. Ce que disent les gens ne devrait jamais vous faire arrêter de rêver… les hommes mannequins ne sont pas forcément des masisi comme on dit.  Et quand c’est le cas c’est le cas, mannequin ou pas. L’essentiel c’est que vous ne deviendrez pas artiste du jour au lendemain… On ne dort pas la nuit et le lendemain en se réveillant on est une star. C’est un processus. Il faut travailler dur, se battre tous les jours. Tomber plusieurs fois, se relever plusieurs fois… ».

Toutefois, faut-il bien se demander combien ils sont ces Woolmay à crever en Haïti ? 

Quand on sait qu’il n’y a même pas une école des arts de la mode dans ce pays. Quand on pense aux beaux corps de nos jeunes qu’on dirait être faits pour ce métier mais que, vieux jeu et l’homophobie aidant, on décourage bêtement. Le mannequinat, pratiqué par des femmes ou des hommes, peu importe, n’est-il pas pourtant un métier comme un autre ? Un beau métier ou le métier même de la beauté, de la beauté lumineuse des corps et des visages fascinants. 

Enfin, quand on pense hélas à tous ces jeunes qui doivent obligatoirement partir pour devenir quelqu’un, nous ne pouvons ne pas avoir le cœur gros. Si on applaudit Woolmay parmi nos héros qui brillent aujourd’hui à l’étranger, on ne peut que regretter les talents gaspillés d’ici : ce sont ces jeunes qui finissent ou finiront peut-être, désorientés et frustrés, par devenir des assassins ou rien du tout pour avoir été obligés de croire au final qu’ils ne valent plus rien, qu’ils n’ont aucun talent et que leurs rêves d’enfant n’ont été en somme que de tristes folies.

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